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L’INTERDIT ET LA TRANSGRESSION. Au cours d’un voyage italien, je découvre le lac d’Orta. Niché au pied des Alpes il exprime le sentiment romantique par excellence, ses paysages sont dignes des toiles de Gaspard David Friedrich. Une promenade sur la presqu’île qui surplombe le petit village d’Orta San Giulio me conduit jusqu’aux vingt chapelles du Sacro Monte. Une fois passé sous leurs porches je découvre des grilles, des claustras et des moucharabiehs qui interdisent d’aller plus avant : voilà de quoi faire resurgir mes vieux démons photographiques. Devant ces barrières le regard peine à s’immiscer et s’habituer à la pénombre des chapelles qui à ce jour ne sont pas éclairées. Cet univers gothique semble avoir inspiré les romans d’Ann Radcliffe, de Bram Stocker ou les films de la “Hammer Production”. J’ai la certitude qu’une nouvelle série de photographies s’impose. Le projet prend rapidement corps ; j’obtiens enfin les autorisations pour pouvoir pénétrer dans les chapelles. Derrière les grilles m’attendent les “gens d’Orta”: des centaines de sculptures grandeur nature ; les modèles furent bien souvent les villageois de l’époque. Ces personnages orchestrés dans une scénographie savante sont d’un réalisme saisissant; même les figures statiques révèlent une propension au mouvement. Les corps des modèles représentés sont parcourus par des tensions et dans des poses qui semblent impossibles à tenir autrement qu’à travers l’instantané photographique. Le doute s’installe entre la réalité et l’artifice de la scène, ces personnages ont-ils croisé “Méduse” ou “le diable” des “Visiteurs du soir”. Cependant cette magie est fragile et précaire, elle dépend d’un angle de vue très limité: celui qu’ont les spectateurs derrière les grilles. Au delà de cet angle, en passant derrière les statues tout cet univers bascule brutalement dans le chaos et la confusion. Les couleurs s’éteignent et ces merveilleux faux-semblants ne sont plus qu’artefacts: l’envers du décor est un désordre impressionnant : bois, ferrailles, briques, plâtre, évoquent un atelier d’art brut. Les faces cachées des statues sont parsemées de trous béants ; ainsi décérébrés et éviscérés ces personnages évoquent les anatomies du musée de la Spécola à Florence. Pourtant en franchissant les grilles, tout s’est passé comme si ma présence avait troublé l’ordre sacré chapelles. Trop tard pour revenir en arrière, c’est par le biais des images contenues dans ce livre que j’essaye de vous faire partager ma transgression: désormais vous ne verrez plus ces chapelles comme avant. Christian Ramade Avril 2010 (Extra ide la postface du livre « Les trésors cachés du sacro monte d’Orta »)